Résumé du projet

L’être humain a toujours vécu en étroite relation avec les plantes, qui comblent les besoins alimentaires, thérapeutiques et vestimentaires tout en jouant un rôle central dans la constitution et l’appréciation des paysages. Les dernières décennies ont vu se développer une prise de conscience de la complexité de nos rapports locaux et globaux au vivant. Il n’est donc pas étonnant que la littérature contemporaine s’interroge sur le sens d’une telle complexité et qu’elle tente à sa manière de repenser le rapport entre l’humain et le végétal.

Le présent projet se propose d’examiner la circulation des plantes dans la littérature contemporaine écrite en français en mettant au point une approche interdisciplinaire située au croisement des études littéraires, de la botanique, de la géographie, de l’histoire et de l’écologie, et ancrée dans une collaboration entre des spécialistes de la géopoétique (R. Bouvet), de l’écocritique (S. Posthumus, A.-R. Hermetet), du paysage (C. Pavie, I. Trivisani), des rapports entre littérature et géographie (B. Guest) et des études postcoloniales (N. Taibi).

Le corpus comprend une soixantaine de livres (1980-2016). Le choix de la période s’explique par le fait que la question du végétal se déploie en même temps que le souci écologique global dans les domaines politique, scientifique et culturel (le retour du réel). Pour examiner cet épanouissement, il importe d’établir des liens entre la géopoétique et l’écocritique.

Aucune étude n’a encore porté spécifiquement sur le phénomène de la circulation végétale en littérature. Quels sont ses effets sur le plan formel ? La plante étant généralement vouée à l’enracinement plutôt qu’au déplacement, comment cette tension affecte-t-elle l’écriture? Quels nouveaux genres sont inventés pour parler du jardinage, du marché, de la collecte des plantes qui exigent de penser ensemble le local et le global? Pour répondre à de telles questions, le projet examinera trois types d’espace où l’être humain intervient de manière marquée tout en étant à son tour affecté par le végétal: 1) le jardin, qui implique la dimension esthétique; 2) le champ, qui comprend la dimension pratique; 3) l’herbier, qui s’inscrit dans la dimension scientifique. L’objectif est de créer un réseau international en réunissant des chercheurs de deux universités québécoises (UQAM et McGill) et d’une université française. R. Bouvet (UQAM) sera responsable des trois axes, appuyée par S. Posthumus (McGill); les cinq collaborateurs de l’U. d’Angers interviendront chacun de manière ponctuelle sur l’un des axes.

La méthodologie convoquera les savoirs botaniques, historiques et géographiques, les réflexions sur le contexte social et politique ainsi que les outils d’analyse mis au point en géopoétique afin d’étudier la constitution des trois figures de l’imaginaire botanique. Des outils numériques seront utilisés pour cartographier la circulation des plantes.

Cette étude du végétal dans la littérature offre la possibilité d’explorer un domaine en pleine expansion, aussi bien sur le plan de l’écriture que de la réflexion, afin de mieux comprendre un des enjeux les plus cruciaux du monde contemporain.